Vivants à Paris

12239478_849628081823602_2617858419565327948_nCe vendredi 13 au soir, quand nous voyons des voitures de police foncer devant nous, avec les enfants, nous plaisantons. Puis, nous montons dans le bus pour rentrer chez nous, et je reçois mon premier SMS de ma soeur : « t’es où ? » Pourquoi me pose-t-elle cette question ? et puis les SMS s’enchainent, faisant défiler devant moi l’horreur : « Il y a actuellement des fusillades dans Paris ». Je lis les sms de vive voix, apprenant sans filtre la vérité aux enfants. Je ne me rends pas vraiment compte. Nous rentrons très rapidement, et la porte se referme, avec  moi disant aux enfants, pour les rassurer : « Voilà, on est tranquilles, il ne viendront pas nous embêter ici » (je vous avouerai que je n’y croyais pas réellement). On allume la télé, et la réalité s’affiche devant nos yeux. Je vois l’effroi dans les yeux de ma fille, j’éteins la télé. Je lui lis 2-3 chapitres du Petit Prince, lui met une musique apaisante, et lui fait de gros bisous. Les mots d’amour et les câlins pleuvent, comme chaque soir. Elle s’attriste car elle a déjà compris que les sorties scolaires qu’elle attendait avec tant d’impatience seront annulées. Mon fils de 11 ans, lui, réagit déjà comme un adulte. Plus de mots d’enfants dans sa bouche. Il a déjà assisté à un concert au Bataclan.

Car la vérité est là. Cela aurait pu être nous. Leur père, eux, moi. Nous étions au restaurant, ce soir là, dans le 18ème arrondissement. Nous étions certes loin des endroits de l’horreur, mais nous les connaissons parfaitement. La rue de Charonne, Le Bataclan, autant d’endroits maintes fois fréquentés. 2 heures auparavant, je parlais d’un futur concert que j’attendais avec impatience dans cet endroit. Et les amis… les enfants couchés, je rallume la télévision, et commence à prendre des nouvelles sur les réseaux sociaux. Tout le monde se fait signe, essaie de connaître la situation. Un ami m’apprend qu’il revient du stade de France, et que les gens sont paniqués. Je suis heureuse d’avoir des news de mon petit cercle restreint d’amis. Et puis je vois que des amis d’amis sont perdus, les premières recherches se font. Je peux affirmer sans souci que tous ces gens qui se sont fait tuer auraient pu être des amis. Car ils fréquentaient les mêmes endroits que moi, ils profitaient de la vie comme j’aime en jouir. Je ne cesse de les pleurer. Ces terroristes ont atteint mon monde. Le monde de la culture, du bon vivant, de l’amitié, et des vendredis soirs de détente.

Aujourd’hui, dimanche, nous sommes sortis. Tous les établissements culturels étaient fermés, même mon endroit de refuge, le cinéma, avait portes closes.  Nous avons rencontré de très nombreuses personnes, profitant du soleil, et des bars et restaurants, seuls endroits ouverts dans un Paris endeuillé. Car oui, nous devons être joie et amour face à eux, face à l’horreur. Nous ne devons pas avoir peur. Nous devons continuer de vivre, de sortir voir des spectacles, des concerts, des films. Nous sommes vivants !

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